Page 12 - Brochure Musée 2016
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Alfons L Reiter (Allemagne)

        


       L'arbre / la forêt

       


        Que font un arbre, une forêt dans un musée ? Mais il y est déjà ! Je vais vous montrer de quelle manière l'arbre est entré dans ma vie et dans
        mon musée. 

        Cette passion pour les arbres vient de mon enfance. En effet, comme mes parents étaient agriculteurs, ils possédaient un champ (pas facile à
        cultiver) qui s’étendait à côté d’une forêt. Nous, les enfants jouions à cache-cache pendant que les parents travaillaient. Puis à l’adolescence, il
        nous arrivait de traverser d'autres domaines forestiers, de l'autre côté du vallon pour rejoindre un bistrot et y écouter la musique du juke-box.
        Nous devions marcher dans la forêt environ deux heures pour parvenir à ce café et y écouter de la musique. Le retour se faisait souvent de nuit...
        Aujourd'hui, j'ai gardé le plaisir de marcher dans la forêt et d’observer les animaux. J’apprécie particulièrement de photographier les arbres que
        je trouve tellement majestueux, de les photographier avec leurs branches, leurs écorces et leurs fleurs.

        L’arbre puis la forêt sont passé du champ de mon enfance au monde professionnel. En effet, en tant que photographe professionnel
        principalement et comme peintre, l’arbre a étendu ses branches dans chacun de ces univers artistiques pour en devenir le sujet central.

        Ainsi, pendant ma formation de photographe, j'ai fait la connaissance d'un photographe tchèque, Joseph Sudek qui a vécu de1896 à1976. Lors
        de son apprentissage, Joseph Sudek apprend la reliure. Il photographie en amateur dès 1913. Il accomplit son service militaire à Kadaň (Kadan)
        en 1915 et part ensuite pour le front italien armé de son appareil photographique. Il revient amputé du bras droit à cause d'une grenade. Après
        avoir étudié la photographie pendant deux ans à Prague de 1922 à 1923, il est photographe professionnel. Sa pension d'invalidité lui laisse la
        possibilité de se consacrer à la photographie d'art. Durant la seconde guerre mondiale et plus tard, Sudek photographie les paysages boisés de
        Bohème, crée des paysages nocturnes de Prague, et sa célèbre série La fenêtre de mon Atelier. 

        Plus de 130 de ses œuvres sont passées en vente publique au cours des 20 dernières années. Et Sotheby’s a obtenu un record mondial pour cet
        artiste en novembre 2010 à Paris avec un tirage pigmentaire d'époque  vendu 300 750 €.

        Et comme je fais aussi de la peinture en amateur, je vous présente un tableau de Henri Matisse (1869 – 1954). Le thème de l'arbre a aussi
        accompagné le peintre Matisse pendant toute sa carrière. Le Sud, en 1898, lui apporte la révélation de la couleur et lui donne la liberté
        nécessaire pour générer sa première révolution artistique. L'arbre lui sert à structurer le paysage. Autour des années 1915,il arrive à la
        simplification presque abstraite du paysage par de violentes oppositions d'ombres et de lumière dans lesquelles les arbres sont traduit par des
        rythmes épurés. En 1930, lors de son séjour à Tahiti, son expérience de l'arbre est celle du rythme qui lie la terre au ciel. Pendant les années
        1940, il cherche à accomplir « le signe de l'arbre » en peignant d'immenses platanes, qui deviennent le support de son émotion. Lors de son
        travail à la chapelle de Vence, il taille un motif d'arbre dans des papiers gouachés pour la première chasuble.

        Si Sudek et Matisse se côtoient dans mon musée, j’aime à imaginer que mes propres travaux les rejoignent (pas gonflé le mec!), comme par
        exemple cette photographie d’arbres. Je l’ai faite à proximité de l'embouchure de la Thièle et j’en apprécie particulièrement les jeux de lumière
        et de couleurs qui rappellent le printemps.

        A cette collection muséale, j’ajouterais aussi mes fractales. Depuis 20 ans, cet art numérique me passionne. Mon pinceau est la souris de
        l'ordinateur. Il ne s'agit donc pas de photographie. On part d'un point, on ajoute un point similaire et ainsi de suite. On arrive à une spirale qu'on
        peut zoomer à l'infini et en profondeur. On peut créer par exemple un arbre avec ses ramifications qui montrent à nouveau la structure d'une
        fractale. Une  figure fractale  ou  fractale  est une  courbe  ou  surface  de forme irrégulière ou morcelée qui se crée en suivant des règles
        déterministes. Le terme fractale est un néologisme créé par Benoît Mandelbrot en 1974 à partir de la racine latine fractus, qui signifie brisé,
        irrégulier. Dans la « théorie de la rugosité » développée par Mandelbrot, une fractale désigne des objets dont la structure est invariante par
        changement d’échelle. Des formes fractales approximatives sont facilement observables dans la  nature. Ces objets ont une structure
        autosimilaire sur une échelle étendue, mais finie : les nuages, les floconss de neige, les montagnes, les réseaux de rivières, le chou-fleur ou le 
        broccoli, et les vaisseaux sanguins.

        Les arbres et les fougères sont également de nature fractale et peuvent être modélisés par ordinateur à l'aide d'algorithme récursif. La nature
        récursive est évidente dans ces exemples ; la branche d'un arbre ou la fronde d'une fougère sont des répliques miniatures de l'ensemble : pas
        identiques, mais de nature similaire.


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 Dans une fractale, tout est contenu. C'est comme le bourgeon de l'arbre. Le cycle même de la vie!
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